Archives de catégorie : Cinéma

Marita Barea: cinéaste péruvienne

Une documentariste féministe fidèle à ses engagements: Marita  Barea

Isabelle Tauzin Castellanos

L’œuvre cinématographique de Marita Barea est un ensemble de onze documentaires et docu-fictions réalisés entre 1981 et 2015 et centrés sur la vie des femmes, catégorisées  comme subalternes. J’ai rencontré la réalisatrice en mars 2026 à Lima pour cet article sur les réalisatrices péruviennes, mais son nom m’était connu depuis des décennies, comme la coréalisatrice et actrice d’un film qui a marqué les années 80 sur la vie des enfants migrants à Lima.

Marita Barea est née en 1943. Elle n’est pas issue d’un milieu favorisé, fille d’émigré italien. Originaire de Chancay, une petite ville au nord de Lima, elle est arrivée à Lima à l’âge de sept ans avec sa famille. Grâce à une bourse, elle a pu suivre une formation secondaire dans un collège italien et a commencé à travailler comme employée de bureau. Marita Barea insiste sur le fait que dès l’enfance elle était attirée par le théâtre, mais cette attirance n’était pas partagée par son entourage. Mariée à dix-neuf ans, elle est partie vivre dans une ville des Andes, Huancayo : « me atraía el mundo andino ». Veuve très jeune, revenue dans la capitale, avec un enfant en bas-âge, elle surmonte la dépression et suit les cours du Club de Théâtre de Lima. En 1971 Marita Barea produit une pièce du dramaturge vénézuélien Roberto Santana et devient l’assistante de production du cinéaste originaire du Cusco, Luis Figueroa. Continuer la lecture de Marita Barea: cinéaste péruvienne

Lady Nazca : un biopic exceptionnel sur le Pérou

Lady Nazca ou la découvreuse des lignes de Nazca: Maria Reiche

Sorti en décembre 2025 en France, Lady Nazca est un film aux prises de vue superbes. Le Sud du Pérou est dévoilé, construit autour de la figure historique de Maria Reiche, l’archéologue très connue au Pérou et ignorée en France. Plus qu’un drame historique, le parcours de vie d’une femme forte est imaginé.

Le titre Lady Nazca est un clin d’œil humoristique car Maria Reiche n’a rien à voir avec la chanteuse américaine Lady Gaga, Reiche est  née dans le nord de l’Allemagne,  en 1903. Autre clin d’œil : l’affiche inspirée de Bagdad Café, grand succès de la fin des années 80 qui héroïsait une Allemande perdue dans le désert ouest-américain.

Le film se libère de l’exactitude historique d’un documentaire, et rend le personnage de Maria Reiche à la fois attachant et fascinant (incarnée par l’actrice allemande Devrim Lingnau).

https://www.mdr.de/nachrichten/sachsen/dresden/film-maria-reiche-nazca-linien-geheimnis-kultur-news-100.html

Lady Nazca suit les pas de Maria Reiche arrivée pour la première fois au Pérou en 1932. Le réalisateur suisse Damien Dorsaz nous fait partager l’enthousiasme de la jeune femme qui laisse des élèves peu intéressés par la beauté des mathématiques, pour connaître le “Pérou profond” de la Côte, Ica et Nazca, et le site de Cahuachi au début des années 40 aux côtés de l’anthropologue Paul Kosok.

Dans le film de Dorsaz, Kosok est remplacé par le Français Paul D’Harcourt (Raoul D’Harcourt) très joliment incarné par Vincent Dedienne.

D’Harcourt passionné par l’art textile, la céramique et la musique préhispanique et andine, embauche Maria Reiche parfaitement polyglotte pour traduire les écrits de l’Allemand Max Uhle, père fondateur du musée d’histoire du Pérou en 1906 (dans les faits, Maria Reiche a traduit pour Julio C. Tello les écrits de Uhle, et non pas au service de D’Harcourt).

Le spectateur de Lady Nazca découvre d’abord le quartier bohème de Barranco à l’image du salon de thé tenu par l’amie de Maria, Amy Meredith, et l’opulence de l’élite locale, propriétaire de lieux comme la villa Heeren. C’est une capitale cosmopolite que la caméra explore dans un premier temps, avant de transporter le spectateur et Maria dans un taxi collectif, une chèvre sur les genoux, en route pour les dunes du Sud et le quotidien du monde andin dans le style à la fois doux et violent des romans de José Maria Arguedas (Yawar Fiesta).

Maria Reiche installe sa tente à l’ombre d’un caroubier et, armée d’un modeste balai, ou juchée sur une échelle instable, elle oublie les heures et les mois qui passent, et met au jour les figures stylisées de colibri, de singe, d’araignée, toute sorte de sillons sableux indéfinis qu’elle repère tracés depuis des millénaires et effacés par les vents et le temps.

Au XXe siècle, les lignes sont menacées par l’agriculture exportatrice représentée par un grand propriétaire, l’hacendado Montoya qui commence à incendier les friches où se trouvent les vestiges des Nazcas, pour planter du coton à perte de vue. Un couple de paysans quechuas observe les mouvements de l’étrangère devenue pour tous la folle du désert. Les métayers finissent par l’aider lorsqu’elle s’effondre à bout de souffle, et en même temps illuminée le jour du solstice d’hiver, par la révélation calendaire des figures énigmatiques.

Le film de Damien Dorsaz est le résultat d’une quête esthétique qui remonte à la rencontre du réalisateur suisse avec Maria Reiche en 1996, lorsqu’il avait vingt-deux ans, et Maria Reiche quatre-vingt-quatorze, un an avant la mort de la vieille dame en 1997.

Dans Lady Nazca, les figurants péruviens sont très nombreux et donnent l’impression d’animer des aquarelles de Pancho Fierro ou d’incarner les petits métiers qui ont inspiré les artistes depuis l’Indépendance du Pérou de 1821.

Pour sauver les lignes de Nazca, Maria Reiche obtient l’appui de l’ethnologue Julio C. Tello, spécialiste de la culture Chavin, de sorte qu’elle défend devant le Congrès péruvien, le patrimoine des lignes de Nazca, et par un vote historique, obtient gain de cause auprès des parlementaires.

Les lignes sont ainsi sauvées du projet d’irrigation qui aurait dévasté ce trésor du patrimoine mondial de l’humanité. Finalement, Maria Reiche découvre l’immensité de sa découverte en survolant la pampa de Nazca à bord d’un vieux coucou comme ceux qui transporteront des touristes tout au long de la seconde moitié du XXe siècle sur les pas de la Dame de Nazca.

Isabelle Tauzin Castellanos

Un monde pour Julius, à Bordeaux.

Le magnifique roman d’Alfredo Bryce Echenique Un mundo para Julius est porté au cinéma pour la première fois en 2021 par la réalisatrice péruvienne Rossana Diaz Costa.

Le roman est une saga familiale qui fait découvrir les injustices sociales caractéristiques de l’Amérique du XXe siècle, à travers le regard d’un enfant, Julius.

Une projection dans le cadre du Festival du Cinéma Péruvien de Paris est décentralisée à Bordeaux au cinéma Utopia,  le vendredi 22 avril, en présence de la réalisatrice et de nombreuses personnalités.

Dossier de presse en ligne.

Mexique/ Pérou – Des migrations et des carnets de voyage: conférences en ligne

Jeudi 12 octobre, 14h – 17h, amphi Cirot, Université Bordeaux Montaigne: jour  de l’Hispanité  et  de  la Diversité Culturelle

L’objectif est de présenter au cours des 3 heures  prévues pour la Fête de la Science 3 contenus différents en sciences humaines et sociales.

histoire de l’émigration vers le Mexique: conférence de Javier Pérez Siller en ligne

histoire des peuples indigènes: conférence d’Isabelle Tauzin  en ligne

le medium artistique et pédagogique du carnet de voyage: conférence de Pascale Argod en ligne

Il s’agit de provoquer des recherches sur les représentations réciproques, le quotidien des émigrants dans leur périple en Amérique latine , le quotidien des populations autochtones depuis la première décolonisation (indépendances latino-américaines).